• missions1
  • missions2
  • missions1
  • missions3
  • missions2
  • missions3

Libre propos de Jacques Bailet - Président de la Fédération française des Banques Alimentaires

Re-valoriser l’alimentation pour combattre le gaspillage alimentaire

Encore aujourd'hui, nous restons sous le choc des chiffres du gaspillage alimentaire. Un tiers des aliments produits dans le monde, soit 1.3 milliard de tonnes, seraient jetés avant d'atteindre nos assiettes. Chaque année, le monde utiliserait l'équivalent en eau du flux annuel du fleuve Volga et rejetterait près de 3.3 milliards de tonnes de gaz à effet de serre dans l'atmosphère pour produire de la nourriture qui ne sera jamais consommée. Entre l'Europe et l'Amérique du Nord, de l'agriculteur au foyer, chaque consommateur gaspillerait entre 95kg et 115 kg par an.

En France, les contradictions alimentaires sont quotidiennes. Chaque foyer français jetterait 20 kg de nourriture par an, soit 400 euros pour une famille de quatre personnes. On gaspille d'un côté ; on subit la précarité alimentaire de l'autre : 3.9 millions de Français viennent à l'aide alimentaire. Une situation paradoxale qui remet en cause les logiques de la chaîne alimentaire, alors même que nous vivons dans un pays où l'alimentation est au cœur de notre culture et de nos échanges sociaux.

Cette situation n'est pas admissible, ne peut perdurer et chacun doit la combattre. Les Banques Alimentaires par exemple, comme d'autres associations d'aide alimentaire, agissent au quotidien pour combattre le gaspillage alimentaire. Les excédents alimentaires, issus de l'industrie agroalimentaire, des distributeurs, de la production agricole, sont quotidiennement revalorisés, triés, reconditionnés, puis redistribués par les bénévoles aux personnes en situation de pauvreté.

Pour les Banques Alimentaires, plus de 50% des produits collectés, soit plus de 50 000 tonnes en 2014, sont des produits « sauvés » de la destruction et contribuent à la lutte contre le gaspillage alimentaire. Les dons des industriels et producteurs agricoles représentent 24% des approvisionnements des Banques Alimentaires, et ceux de la GMS (Grandes et Moyennes Surfaces) plus de 31% : ensemble, ces dons représentent plus de 120 millions de repas.

Depuis décembre 2012, la réflexion nationale lancée par le gouvernement mobilise l'ensemble des acteurs concernés et l'administration afin d'identifier les freins et de recenser les bonnes pratiques.

Le « Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire » signé en juin 2013 a été particulièrement mobilisateur, a permis d'ouvrir les échanges entre acteurs et a abouti à un certain nombre d'engagements des professionnels qui ont eu des effets directs, notamment sur les dons aux Banques Alimentaires. Les éclaircissements sur les aspects juridiques, et en particulier sur la responsabilité des donateurs, ont notamment permis de développer de nouveaux partenariats avec la restauration collective. Quant au monde agricole, il reste très mobilisé sur le sujet. Avec les associations d'aide alimentaire et le gouvernement notamment, une réflexion est engagée afin de trouver des solutions qui impliquent les différents acteurs pour mieux gérer les excédents de production.

Aujourd'hui, la prise de conscience est collective. Le grand public s'engage de plus en plus et souhaite être parti prenante de la solution. Les politiques s'emparent du sujet, les entreprises se mobilisent activement, le monde associatif construit des solutions innovantes. Le débat est tel qu'il devient de société, et Guillaume Garot, député et ancien ministre, est chargé par le Premier ministre de faire un rapport sur le sujet du gaspillage alimentaire pour la fin du mois de mars 2015, et d'ici l'été une proposition de loi devrait voir le jour à l'Assemblée nationale.

Quant à l'association Ensemble contre la Faim et la Malnutrition (ECFM), plateforme de rencontres et d'échanges, elle peut être l'espace qui participera à mobiliser les acteurs et les sensibilisera à une meilleure gestion de l'alimentation.

Le réflexe gaspillage alimentaire, s'il n'est pas encore complètement systématique, a largement évolué. Toutefois, le don ne doit pas être la seule solution au gaspillage alimentaire. Le don n'est qu'une réponse parmi beaucoup d'autres. L'approche doit être globale et doit prendre en compte l'ensemble de la chaîne alimentaire. L'aliment n'est plus jeté, il est réinscrit dans la chaîne de consommation alimentaire, il est apprécié, il est valorisé.