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Libre propos de Dominique Héron - Président de la commission Energie / Environnement - ICC France

La place de l'alimentation dans la "ville résiliente"

Les villes du futur seront "résilientes": elles n'ont pas le choix parce qu'elles accueilleront 50% de la population du monde en 2050 qu'elles devront nourrir. En même temps, elles auront été confrontées aux enjeux du dérèglement climatique en prenant les mesures de mitigation et d'adaptation indispensables pour limiter à 2° la hausse des températures.

La ville du XXIème siècle est à la fois un lieu " où on vit et où on travaille en y développant des relations sociales", pour reprendre la définition de J.Clos, directeur exécutif de UN-Habitat. En Octobre 2016, à Quito (Equateur) se tiendra d'ailleurs la conférence mondiale Habitat III sur la ville "soutenable", relayant ainsi une réflexion qui avait débuté à Istambul en 1996.

Entre temps, on peut espèrer qu'un accord climatique sera intervenu à la COP 21 (Paris-Décembre 2015).

On mesure donc bien la concomitance des défis à relever , tout comme leurs interactions. Comment nourrir les habitants des villes à travers des processus "climato-compatibles"?

Il est permis de penser que la question de l'alimentation dans une ville résiliente passe par plusieurs approches :

- des politiques publiques qui doivent intégrer cette dimension notamment pour traiter la question du foncier : traditionnellement, dans les documents d'urbanisme des pays développés, les zones non constructibles (NA) étaient dédiées à des "coulées vertes" perçues comme zones de loisirs (petite ceinture à Paris par exemple). Prévoir expressément des réserves foncières pour des activités agricoles et mettre en place des dispositifs contre la spéculation pourraient devenir des nouvelles priorités.

Dans les pays émergents, la maitrise du foncier est tout aussi indispensable malgré le contexte plus difficile : c'est un élément fort de la gouvernance urbaine commme le signale régulièrement dans ses publications le Partenariat Français pour la Ville et les Territoires (PFVT) qui réunit les experts publics et privés de l'ingéniérie urbaine.

A toutes les époques, les pouvoirs publics ont assumé des responsabilités pour "nourrir la ville": en 1974, à l'occasion d'une grève de mariniers sur la Seine, on redécouvrait un arrêté du 12 Messidor an VIII - non abrogé - donnant tout pouvoir au préfet de police pour assurer la libre circulation des subsistances et ravitailler la capitale...

- la réintroduction d'une agriculture urbaine pour réconcilier le "vivant et la ville": depuis janvier 2011, il existe sur une partie de territoire des Yvelines un démonstrateur sous la forme d'une grappe d'entreprises, de collectivités territoriales et de partenaires financiers et académiques qui promeut les cycles courts, intègre les questions alimentaires dans l'ingéniérie urbaine, etc...

- la place de l'alimentation dans la chaîne de création de valeur des espaces urbains : le rôle des marchés, l'apport de l'économie informelle (retour aux "jardins ouvriers" des siècles précédents ?), la valorisation des déchets comme fournisseurs d'énergie ou d'engrais pour des friches urbaines, des systèmes très décentralisés de récupération des "eaux grises" pour du maraîchage, etc...sont autant de pistes qui relèvent de l'économie circulaire et qui repositionneront l'agriculture en ville.

Dans un séminaire organisé en Malaisie en 2012 par une agence des Nations Unies, les thèmes évoqués portaient sur la recherche systématique des espaces urbains susceptibles d'être utilisés pour une nouvelle forme d'agriculture : emprise des voies ferrées, emprise des autoroutes, toits des parkings souterrains..
Autant d'exemples qui montrent que la sécurité alimentaire de la ville du futur sera de plus en plus à l'agenda des débats et des plans d'action.