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Petit-déjeuner ECFM - TerrEthique du 18 février 2015

Le gaspillage alimentaire au regard du changement climatique

Cette conférence ouverte à tous, organisée par Ensemble Contre la Faim et la Malnutrition en partenariat avec TerrEthique, a été donnée le 18/02/15 à l'Académie d'Agriculture de France. A cette occasion, ECFM a eu l'honneur et le plaisir de recevoir Guillaume Garot, député de la Mayenne, ancien Ministre de l'Agroalimentaire, nommé par le Premier Ministre "Parlementaire en mission sur le gaspillage alimentaire".

M. Guillaume Garot veut témoigner de son expérience sur le gaspillage alimentaire pour nourrir les réflexions sur la lutte contre le changement climatique, dans l'optique de l'Agenda des solutions notamment.
Le lien entre le gaspillage et le changement climatique est un lien simple : le gaspillage alimentaire représente un gaspillage de l'énergie des ressources utilisées pour produire la nourriture. Ainsi, réduire le gaspillage alimentaire permet de réduire la quantité d'énergie nécessaire à la production.
La lutte contre le gaspillage alimentaire n'intéresse que peu les politiques. Or, l'enjeu de cette absence de relais politique se pose aujourd'hui : comment construire une politique publique contre le gaspillage alimentaire qui permette aux acteurs de terrain d'être plus efficaces dans leur combat ?

Le défi de la lutte contre le gaspillage est un enjeu économique – au niveau individuel, de 7 à 20 kg de denrées sont jetées à la poubelle chaque année, ce qui constitue une perte pour le pouvoir d'achat – mais également un enjeu éthique au regard du nombre important de personnes mal nourries en France et dans le monde.
Ce défi est encore plus crucial si on se projette dans l'avenir. D'après les projections, il y aura 9 milliards de personnes en 2050 et, pour pouvoir nourrir la planète, la FAO estime qu'il faudrait pouvoir augmenter la production agricole du chiffre considérable de 70%. Or, dans le même temps, aujourd'hui près d'un tiers de la production mondiale est perdue du fait du gâchis chez nous mais aussi des pertes dans les pays du Sud, lors du stockage, du transport ou de la transformation agricole.
Ainsi, lutter en France contre le gaspillage alimentaire permet de participer à ce défi mondial qui est devant nous. Et cela va de pair avec le grand défi du climat puisque ne pas gaspiller d'énergie permet de contribuer à la lutte contre le changement climatique.

La lutte contre le gaspillage alimentaire interroge notre modèle de production et de consommation et des signes forts de la France sont attendus sur ce point. Le Secrétaire général de la FAO, José Graziano da Silva l'avait d'ailleurs signifié alors que M. Garot était ministre délégué à l'Agroalimentaire. La France constitue l'un des pays les plus avancés sur le plan du gaspillage alimentaire en Europe. Le Royaume-Uni s'est également engagé en se dotant d'une Agence, (Waste and Resources Action Program, WRAP) mais cette dernière présente des limites.
La France a donc une voix à porter sur des principes politiques structurants et forts afin de penser ce défi à l'échelle européenne – voire mondiale via le PAM ou l'ONU. Cet objectif pourrait réunir l'ensemble des politiques françaises.

Le gaspillage alimentaire présente un problème de définition ou de périmètre et, souvent, y sont apportées des réponses trop simplistes telles que le don alimentaire. Ce dernier en représente l'un des aspects mais on ne peut le réduire à cette seule dimension : le gaspillage est présent à chaque échelle de la chaîne en y incluant la production et l'industrie. En particulier, le rapport de force tendu entre la grande distribution et l'industrie agro-alimentaire représente un gisement considérable de mesures qui pourraient être prises pour réduire le gaspillage – pour exemple le lien contractuel entre les deux qui oblige l'industriel à détruire sa production si la grande surface refuse la livraison.
Pour construire une politique contre le gaspillage, il faut agir sur chacun des maillons. Pour cela, depuis 5 mois des auditions sont menées chaque semaine par M. Garot et Mme Dunoyer pour recenser et entendre les acteurs en France engagés contre le gaspillage. Un rapport sera remis dans un mois et demi.

Avec le Pacte national de 2013, on repose sur l'agissement de bonnes volontés. Si on veut passer à une politique publique, il faut désormais fixer des droits et des devoirs.
L'objectif posé est de réduire de moitié le gaspillage d'ici 2025, et pour cela, le rapport posera les principes d'une nouvelle politique contre le gaspillage :
- La responsabilité de chaque acteur contre le gaspillage et les droits et devoirs :
o Pour cela il est nécessaire de bien informer le consommateur pour qu'il soit responsable face à son alimentation. En exemple : information sur les DLC (sans, évidemment, remettre en question les avancées sanitaires) ou sur les produits secs, à durabilité minimale, qui ne méritent pas de dates limites.


o Pour les grandes surfaces, aujourd'hui des réductions fiscales sont assorties au don alimentaire (60% de valeur du don dans la limite de 5/1000 du chiffre d'affaire des grandes entreprises). Aujourd'hui beaucoup d'entreprises se sont investies dans cette possibilité mais peut-être faudrait-il l'assortir de contreparties pour être désormais dans du donnant-donnant. Les entreprises bénéficiaires d'aide étatique doivent aussi s'engager dans de bonnes pratiques vis-à-vis du gaspillage.


- Redonner de la valeur à l'alimentation : redonner du sens à l'alimentation et à l'acte de produire entraîne systématiquement une baisse du gaspillage. Il est donc important de valoriser le modèle alimentaire français, la valeur culturelle et patrimoniale de l'alimentation. L'éducation représente un pan essentiel de ce principe. Un lien peut aussi être fait entre le gaspillage et le constat que la part consacrée à l'alimentation dans les finances des ménages stagne ou même diminue. Au Japon, les fruits sont vendus chers et à l'unité ce qui contribue à leur donner de la valeur et permet de réduire leur gaspillage. La valeur patrimoniale est essentielle et à décliner dans des programmes éducatifs.


- Faire émerger un nouveau modèle de développement pour produire et consommer autrement : lutter contre le gaspillage alimentaire permet de créer de la valeur et de l'emploi. Exemple du "Potager de Marianne" qui recycle les invendus de Rungis pour les valoriser en soupes et des jus : ce sont des emplois d'insertion pour transformer des produits qui repartent ensuite dans le circuit économique. Ce type d'initiatives s'étend grâce à des entreprises de l'économie sociale et solidaire ou des start-up et doit être soutenu. Ainsi, la lutte contre le gaspillage peut être créatrice de richesses et d'emplois et il est nécessaire, dans le cadre de notre politique, de soutenir ces démarches et de lever les blocages.

 

A partir de ces principes, des sujets de fond seront abordés pour que l'on puisse être efficace contre le gaspillage :
- La mesure du gaspillage sur toute la chaîne alimentaire essentielle à la fois pour des questions méthodologiques et pour construire les politiques. Les chiffres disponibles sont des estimations, il n'y a pas de connaissance précise et avérée des volumes gaspillés.


- Favoriser la mobilisation durable des acteurs plutôt que de reposer sur le registre de la bonne volonté ou de l'émotion comme c'est le cas actuellement – par exemple lorsque de l'acide est jeté sur des denrées encore consommables. Il est nécessaire d'agir dans la durée et en profondeur plutôt qu'au coup par coup. Pour cela, la clef est territoriale. Une initiative locale avec une synergie locale permet de mobiliser durablement les acteurs et d'assurer la cohérence entre les actions. Il est également important de travailler sur la qualité des produits et valoriser les produits locaux, cela rejoint l'objectif de l'éducation pour redonner de la valeur à l'alimentation – un produit de qualité est moins gaspillé.


- Des boîtes à outils pour les acteurs. Il faudra une structure nationale qui pilote le gaspillage alimentaire pour donner des explications, des conseils et des outils aux acteurs engagés ou qui veulent s'engager mais qui ne savent comment faire. Le rôle est politique car c'est à l'Etat de faire en sorte de libérer les énergies sur le territoire.

 

Ces principes et ces sujets de fond permettent de passer d'une logique de bonne volonté à une logique de droits et devoirs à la fois pour la production et la consommation. Mais il n'y a aucune volonté de culpabiliser les acteurs sur le gaspillage dans la proposition de cette politique, cela ne marche pas. Les ressorts efficaces sont plutôt de d'axer le discours sur les économies réalisées ou sur le défi plus vaste réalisé par des engagements locaux.
Le rapport fera pour recommandation de mener une campagne de sensibilisation nationale sur ce sujet et ce défi.

Cette politique contre le gaspillage prendra forme par :
- De la cohérence entre les différents ministères ;
- De la cohérence entre tous les niveaux d'intervention publique et pour cela il faudra demain un nouveau cadre d'intervention législatif ;
- Des outils réglementaires, en effet la lutte contre le gaspillage alimentaire est freinée par de nombreux petits blocages techniques – exemple du budget du transport des denrées entre une entreprise et une association;

- Des normes doivent être clarifiées pour lever de nombreux blocages psychologiques – par exemple pour rassurer les acteurs sur la responsabilité juridique due à la qualité sanitaire des produits de l'aliment donné ou vendu ;
- Des dispositions contractuelles pour les relations entre les différents acteurs. Un grand travail est à faire pour que des cahiers des charges assurent qu'on soit dans la lutte contre le gaspillage alimentaire à toutes les étapes de la chaîne – pour exemple, un cahier anti-gaspillage pour les cantines.

Ces propositions qui se veulent globales mais opérationnelles, seront sur la table dans un mois et demi.

Il est frappant de voir à quel point les politiques ont du retard sur cet enjeu qui repose encore sur la base de la bonne volonté. Mais il est rassurant de constater que les analyses sont convergentes entre toutes les sensibilités politiques.

M. Garot s'est engagé à proposer à l'Assemblée une loi commune sur le gaspillage rassemblant les différents courants politiques. Les politiques sont en effet attendus sur cette question.